Un projet de soin est, dans l’ordre des choses, construit dans l’objectif d’aller vers un mieux : guérir d’une infection, se rétablir ou se reconstruire après une intervention, envisager un avenir…

Le patient est un être humain, un individu unique et singulier , avec son histoire, ses représentations, sa culture, son vécu… Le soignant également.

Alors que toutes les énergies de l’équipe soignante et du patient se concentrent sur cet objectif, un nouvel évènement ( une infection, une dégradation du système immunitaire, de la perfusion des organes…) vient faire basculer le projet. 

Malgré la mise en place des moyens à disposition pour rétablir les dysfonctionnements et remettre en perspective le projet de soin, l’équipe doit faire face à ses limites… et se résoudre à  interrompre le projet orienté vers une « guérison », limiter les soins « intensifs » et se centrer sur les soins de confort et de bien-être : c’est ce qu’on appelle les soins palliatifs dont l’issue est le décès du patient dans un temps plus ou moins long.

Ces situations sont vécues bien souvent par les soignants comme un échec. Ce qui peut entraîner des répercussions plus ou moins importantes sur leur devenir professionnel.

La gestion de l’échec

L’échec d’un projet peut être comparé à un deuil avec ces différentes étapes psychologiques qui seront vécues de façon individuelle et en lien avec les situations similaires précédentes , le ressenti émotionnel personnel ou le lien privilégié avec le patient.

Les répercussions sur le travail

Les soignants ne sont pas préparés à affronter l’émotion des malades en écho avec leurs propres émotions. Confrontés à des situations difficiles et éprouvantes, souvent démunis face à la souffrance psychologique, toujours désemparés devant leur propre impuissance à accepter l’échec thérapeutique et les limites de la médecine, les soignants adoptent des mécanismes de défense comme :

Ces mécanismes de protection empêchent la relation authentique avec le patient et peuvent conduire à l’épuisement psychique  ( syndrome d’épuisement professionnel ) qui se traduit par :

Mes cinq conseils dans l’accompagnement et le soutien d’équipe

1 – La réunion de prise de décision ou réunion « éthique » : Il s’agit de prendre une décision importante dans le respect du principe premier « ne pas nuire ».

Cette réunion d’équipe doit pouvoir réunir autour du dossier patient tous les acteurs pouvant éclairer la prise de décision : médecins, chirurgiens, équipe soignante en complément de tous les résultats de laboratoire, radiologie… Il s’agit ici d’éviter d’entrer dans de l’acharnement thérapeutique qui serait délétère pour le patient .

Des réunions intermédiaires auront pour but de faire les points d’étape  et les réajustements nécessaires tout au long du suivi de l’accompagnement du patient, de sa famille et de l’équipe.

2 – Les transmissions et la mise en place du nouveau projet :

Une fois la décision de passage en soins palliatifs prise, toute l’équipe doit se  mobiliser pour accompagner au mieux le patient et sa famille.

Rappelons qu’une décision prise en réunion éthique est un consensus. Il y aura toujours des personnes qui ne seront pas tout à fait d’accord. Il faudra s’allier tout de même à ce projet pour que celui-ci soit vécu de la meilleure façon possible par le patient et sa famille.

Il est important pour chaque soignant d’intégrer que nous ne sommes pas des dieux ou des magiciens. Nous n’avons pas de baguette magique … Nous faisons tout ce que nous pouvons, de notre mieux, avec nos limites. 

3 – La Prise en soin nécessite de ne pas être « trop dans l’émotion » car si elle nous submerge, nous ne pouvons plus soigner. 

Il peut arriver qu’un professionnel ne soit pas en mesure, à un instant T, de mobiliser son énergie pour accompagner une fin de vie. L’équipe doit alors se mobiliser pour aider son (sa) collègue dans cette étape et si possible prendre le relais.

4 – Si nous appliquons cette règle qui est de mettre au service du patient tout notre savoir, savoir-faire et savoir être pour l’accompagner dans ces derniers instants et dans tout le respect et l’humanité attendus, nous devons admettre « que nous avons tout fait et mis en oeuvre pour ce patient et sa famille ».

Cette humilité nous permettra d’aller de l’avant, et être de nouveau capable de prendre soin une autre fois que la situation se présentera.

5 – Prenons soin de nous remercier d’avoir pu bien accompagner .

Il est important de célébrer les belles réussites , mais il est tout aussi important de reconnaître les efforts déployés pour faire face aux grandes émotions telles que la douleur, le chagrin, le deuil et nous permettre de passer un moment agréable après ces épreuves.

Cela permet aux soignants de « recharger les batteries »

Se rappeler

C’est l’essence même de notre métier de soignant : l’art du prendre-soin

2 réponses

  1. Merci pour cet article «déculpabilisant»… qui permet de mettre des mots face à nos maux.

    Un vrai plaisir de lire le contenu … qui permet de réfléchir à des alternatives pour mieux appréhender et comprendre nos mécanismes de défenses..
    Une belle approche qui nous aide à aborder plus sereinement les soins. Merci Josiane pour ce cadeau

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